| Cahier N° 1
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Voici le premier cahier de
voyage d'une série qui sera longue. Au fil de ces cahiers vous pourrez
suivre la navigation de Banik en Atlantique, ses zigzags en mer des
Caraïbes et au delà de Panama, son sillage dans le Pacifique et plus
loin encore...
Les cahiers de voyage de Banik ne sont pas seulement des articles techniques, des
recettes pour "Réussir le grand départ". C'est un feuilleton, une suite
de chroniques écrites au fur et à mesure du voyage, inspirées par nos
rencontres, nos découvertes, nos coups de coeur...
Avec des récits
et des informations inédites les Cahiers de Voyage complètent
parfaitement tous les articles pratiques du site de Banik.
Les lecteurs des Cahiers de voyage sont nos amis et connaissances qui
veulent avoir de nos nouvelles... Vous, qui avez dans l'idée de partir
et qui vous y préparez peut-être déjà... Vous souhaitez glaner beaucoup d'informations
intéressantes. Vous voulez lire des récits de navigation comme vous
les vivrez un jour... Les navigateurs aussi lisent les Cahiers, ils désirent avoir notre avis sur
les endroits où nous sommes passés...
Nous devons donc
trouver un genre,
un style qui plaise le mieux possible à tous. Certains paragraphes ou
des cahiers entiers pourront paraître un peu technique à certain. D'autres
textes feront sourire les mangeurs d'écoutes par leur simplicité mais
tout le monde va y trouver son compte au fil des mois de navigation que
nous ferons ensemble...
Bonne lecture.
L'histoire commence après une brève présentation
de l'équipage permanent. Il vient de remettre le bateau à l’eau et
quitte les brumes de la Mer du Nord pour faire route au Sud. Notez en
fin de page, les informations nautiques de marées pour quitter Dunkerque
à la meilleure heure et passer en une fois les Caps Blanc Nez et Gris
Nez…ou les coordonnées des points de route pour rejoindre la zone de
mouillage du port de Cherbourg.
L’équipage de Banik
au départ de ce tour du monde:
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Anik, (1955)
Aime le voyage, les rencontres, plus que le bateau
qui n’est pour elle qu’un moyen comme un autre de se déplacer avec sa
maison.
Elle n’a jamais le mal de mer même quand il faut cuisiner dans le
mauvais temps.
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Jean-Baptiste (1953)
Aime la vie sur l’eau, traverser les océans quand
le bateau avance seul poussé par le vent portant.
Passe beaucoup de
temps (trop au goût d’Anik) à bricoler des bouts de ficelles sur le
bateau ou à taper des articles sur son ordinateur. |
Journal de bord: De Dunkerque à Guernesey
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Juin - mi
juillet 2004 : Les préparatifs et les derniers travaux.
De fin juin jusque mi juillet 2004, c’est le
mauvais temps qui domine à Dunkerque avec une tempête particulièrement
violente qui atteint la force 9. Nous sommes, cette nuit là, à bord de
Banik qui est au sec sur le chantier Bleu marine.
Ça bouge pas mal, les drisses des voiliers
alentours claquent dans un bruit infernal et énervant. Nous surveillons
le ber. Ce n’est pas le moment que le bateau tombe nous enlevant la
possibilité d’un départ que nous espérons proche maintenant.
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Vendredi 16 juillet 2004
: La mise à l’eau
Il fallait bien convenir une date avec le chantier
pour réserver le travelift. Il fallait bien arrêter un jour de bricoler
sur le bateau qui ne sera de toutes les façons jamais assez prêt. Le
mauvais temps allait bien cesser de nous donner tous les alibis pour ne
pas mettre Banik à l’eau.
Note : Pour nous le
mauvais temps c’est quand le vent ne nous pousse pas dans la
direction ou on va … Même quand il n’est pas fort.
Il fut donc décidé que nous remettrons Banik à l’eau
le 16 juillet et que si les conditions sont bonnes il n’y a aucune
raison pour que le départ ne soit pas immédiat. |
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Samedi 17 juillet 2004 :
Faux départ
La marée sera favorable à partir de 15:00 heures
pour passer d’une traite de Dunkerque au delà de Calais et du cap Gris
nez. Le soleil brille, et le vent a même l’air de passer au secteur Est
; ce qui n’est pas arrivé depuis plus d’un mois. Nous ne sommes pas
vraiment prêts, mais il faut peut-être profiter de la conjonction de ces
conditions favorables pour partir. Nous nous activons donc pour cela.
L’heure approche, on va bientôt larguer les amarres. Anik qui lève le
nez vers le ciel nous signale un drôle de nuage qui arrive menaçant. Le
vent est passé d’un coup à l’W nous amenant une avalanche noire de
nuages chargés d’électricité orageuse. (Pour les non marins, W veut dire
Ouest. C’est l’initiale du mot anglais West)
Évidemment le départ est reporté au lendemain.
Tous aux abris c’est un bombardement de grêle. |
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Dimanche 18 juillet 2004
: Départ de Dunkerque
La marée nous commande de partir de bonne heure
pour profiter du courant favorable.
Nous passons les jetées et nous nous dirigeons
lentement vers la bouée de la petite sirène. C’est là qu’ont été
déposées les cendres de Mamie et nous venons d’abord nous recueillir à
cet endroit …
Nous virons ensuite pour embouquer le chenal et
essayer de parcourir d’une traite les 35 milles qui nous permettrons de
mettre derrière nous le cap Gris nez. Ce cap peut être désagréable avec les
voiliers et les équipages quand on veut le passer contre le vent et le
courrant. Quelques jours avant notre départ Joe Soeten sur son voilier
préparé pour la course autour du monde avait fait demi tour à cet
endroit. Il y avait beaucoup de vent et un fort courant certes et rien
ne l’obligeait à poursuivre. En ce qui nous concerne, on est au moteur
dans la pétole et on profite du courant pour sortir du détroit du Pas de
Calais à 7- 8 nœuds.
(* voir les Informations nautiques en bas de page)

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La mer est belle mais le temps est gris et
pluvieux. Les cirés sont de sortie, les gouttes pendent le long des
filières, la visibilité est réduite à 2 ou 3 milles. C’est triste comme
un mauvais jour d’automne. Ce n’est pas ce qu’on a rêvé pour un départ,
mais bon, il faut bien y aller ! Nous avons déjà presque quinze jours de
retard sur notre date de départ prévu. Quinze jours qu’est ce que c’est
quand on a la vie devant soi ? C’est ce que l’on se disait mais quand
même, il fallait que l’on parte avant que la déprime ne nous gagne ou
que les amis qui sont déjà venus nous dire au revoir 3 fois ne
deviennent sarcastiques. Nous naviguons poussés par le moteur toute la
journée. Ça sent le gasoil et les fumées d’échappement. Je propose de
mettre à l’eau les lignes à maquereaux. Si nous prenons quelque chose,
ça mettra un peu de soleil dans notre grisaille. Anik prévient qu’elle
n’a pas le cœur à cuisiner notre pèche. Pour finir nous ne pécherons
pas.
Dans la nuit le vent forci un peu en venant de
face bien évidemment. (SW force 4 à 5). Nous envoyons les voiles avec un
ris d’abord, puis deux. Les ris sont des parties de la grand-voile que
l’on peut resserrer autour de la bôme pour réduire la surface de toile.
On est un peu sous toilé mais Banik ne gîte pas trop et pour une reprise
ça nous convient bien. |
Enfin le bateau avance à la voile sans le bruit
infernal du moteur. L’inconvénient c’est que nous n’allons plus dans la
bonne direction. Nous tirons un bord vers la cote française et le port
de Dieppe. Le bateau tape toute la nuit contre la mer pour essayer de
garder un cap le moins mauvais possible. Ce n’est pas l’allure favorite
de Banik. Il fait frisquet en mer, la nuit, en ce mois de juillet
pluvieux. A 4 heures du matin je vais dans la cabine à l’avant pour
aller chercher un pull supplémentaire. En posant la main sur le duvet
qui est resté étalé sur la couchette, je sens de l’humidité… Non, plus
que ça, de l’eau, une flaque, presque une piscine… Le capot n’a pas été
correctement fermé et, depuis des heures, chaque vague qui projette ses
embruns sur le pont laisse en souvenir quelques gouttes qui
s’infiltrent, dégoulinent, s’étalent dans mon lit douillet. Les réflexes
du marin ne sont pas encore tous revenus. C’est impardonnable de ne pas
avoir pensé à vérifier tous les hublots et capots dès lors que nous nous
mettions sous voile. Je vous passe les détails de l’essorage, séchage et
compagnie. Ça secoue, je suis fatigué, le jour diffuse ses premières
lueurs loin la bas vers l’Est, mon quart et fini, je vais me
coucher… Dans la cabine arrière
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Lundi 19 juillet 2004 :
Cherbourg : Premier mouillage
Dans la matinée, le vent tombe complètement.
Heureusement le soleil remplace la pluie. Ça nous permet de faire
quelques photos plus sympas. Nous remettons le cap directement sur
Cherbourg car il est toujours vrai que la ligne droite est le plus court
chemin vers là où on veut aller. Mais il est dit que cela n’ira pas tout
seul. La courroie qui tourne la barre commandée par le pilote
automatique vient de casser. Ce n’était pas une courroie neuve, elle a
bien 10 ans, mais je n’ai aucune idée de l’endroit ou se trouve les
courroies de rechange qui ont été chargées, fourrées |
dans les moindres recoins du bateau avec les 700
kilos de matériel divers que nous avons apporté en déménageant de notre
appartement.
Une seule solution dans l’immédiat : Réparer celle
là en collant un petit renfort. Jean- Paul est toujours volontaire pour
le bricolage. Il prend les choses en main pendant qu’Anik se met à la
barre et profite d’un peu de chaleur.
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Il est temps de présenter le 3ème membre de
l’équipage pour cette partie de voyage de Dunkerque à La Corogne.
La silhouette alerte, Jean- Paul ne fait pas ses
64 ans. Il est chef de bord au LUC, le club de voile du Lille Université
Club. Mais surtout il est mécanicien et l’hiver dernier il a emmené le
moteur de Banik chez lui pour le remettre en état, le bichonner, le
soigner comme on le ferait pour un sportif qui a besoin d’une bonne
remise en forme. Il a suggéré de nous accompagner pour cette première
étape. Au cas ou… Il devait être convaincu que son travail est
impeccable pour prendre le risque de se faire jeter en pâture aux
requins en cas défaillance de l’engin. Comme le moteur ronronne, Jean
Paul ne manque pas de « se coller » aux réparations diverses qui
abondent sur un voilier lorsqu’on se remet en route après une petite
interruption de sept ans. C’est pour passer le temps dit-il. En fait
c’est un hyper-actif qui n’est heureux que quand il a une liste de dix
trucs à faire. Une liste de trucs à faire sur Banik, il y en a une bien
longue encore. Jean-Paul barre, sur le carnet, les lignes au fur et à
mesure que j’en rajoute. Pour le charrier, un jour j’ai écrit la ligne «
Faire bronzette sur le pont ». Cette ligne n’a jamais été barrée. C’est
donc encore à faire… |
A 21 :30 heures, nous entrons à Cherbourg.
(** voir les Informations nautiques en bas de page)
Mardi 20 juillet 2004 :
Le cap de la Hague à l’entrée du raz Blanchard n’est pas à la hauteur de
sa réputation
Le programme de la journée est de rejoindre le
mouillage (*** voir les Informations nautiques en bas de
page) de Saint Pierre sur l’île de Guernesey. La difficulté de
navigation de cette étape est le passage du raz Blanchard dont l’entrée
est marquée par le cap de la Hague. Je consulte les documents nautiques
en ma possession pour préparer au mieux le contournement du cap. Il faut
regarder l’heure
des marées et planifier le passage du lieu maudit à la meilleure heure.
Je décris les conditions
pour le passage du raz Blanchard dans le cahier numéro 2:
Informations nautiques sur Le raz Blanchard. (Il faut
laisser un peu de suspens)
En ce qui nous concerne Nous y étions à l’étale de
marée et sans un « pet » de vent. : Le cap de la Hague pointé par son
phare et le passage du raz Blanchard n’ont pas été à la hauteur de leur
réputation … Et c’est tant mieux.
| Les îles anglo-normandes sont en Normandie mais
elles sont anglaises comme leur nom l’indique. Et on le voit tout de
suite qu’on arrive en Angleterre. Le ciel bleu disparaît, il commence à
pleuvoir.
A 18 :00 heures nous étions à l’ancre devant Saint
Pierre. Nous ne débarquerons pas. Le sale temps ne nous en donne pas
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l’envie. De plus nous sommes juste là pour
passer la nuit et nous reposer un peu en espérant que demain le vent
sera revenu (et dans la bonne direction) pour la prochaine étape qui
doit nous conduire en Bretagne.
Informations nautiques:
A quel moment partir de Dunkerque :
Pour quitter Dunkerque et faire route vers l'W d'une traite de
la Mer du Nord à la Manche en doublant les deux caps du boulonnais,
le Cap Blanc Nez et le cap Gris Nez, il faut partir 4 heures après la pleine mer. Au
début on a un tout petit courant contraire puis c’est l’étale, le
moment ou le courant s’arrête avant de s'inverser. Une petite demi
heure pendant laquelle le courant n'a plus aucun effet sur notre
route. Puis on profite d’un bon courant portant le bateau comme sur
un tapis roulant.
Mouiller en rade de Cherbourg : Cette étape est intéressante sur la
route vers l’W car le port est accessible par tous temps et quelque
soit l’heure de la marée. Comme nous arrivons de l’Est on a pris la
passe Est qui est la plus étroite. De plus il faut contourner les
roches qui débordent la digue de l’Est vers le Nord. Notre approche
est celle-ci. Faire route vers le point 49°41’ N – 1°35,6’W en ayant
un cap qui ne dépasse jamais 270°. Une fois arrivé à ce point, suivre
l’alignement au 183° vrai pour rentrer dans la grande rade. Nous
passons de la grande rade à la petite rade pour rejoindre la zone de
mouillage qui se trouve au point 43°39’ N – 1°37,4’ W. On met l’ancre sur un fond
de vase, dans 3 à 5 mètres d’eau suivant la marée.
Mouillage : Ce
mot a plusieurs sens : Il désigne la zone géographique ou les bateaux peuvent jeter
l’ancre. L’endroit est en général abrité du vent et surtout de la
mer. La hauteur d’eau n’est pas très importante (3 à 15 mètres) pour
éviter de mettre des longueurs de chaîne ou de cordage. Le fond est
généralement constitué d’herbier, de sable ou de vase pour que
l’ancre puisse s’enfoncer et s’accrocher. Les fonds de roches ne
sont pas propices car les ancres ne tiennent pas ou bien elles se
coincent et on ne peut plus les retirer. Le mot mouillage désigne également toute la ligne qui retient le
bateau. La ligne est en général composée d’une ancre pour
s’accrocher au fond. Puis il y a une longueur de chaîne pour
maintenir, par son poids, l’ancre bien à plat. Puis un cordage de
fort diamètre qui permet de donner de la longueur au mouillage. Nous
emploierons souvent dans les deux sens ce mot « mouillage ».
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