Série 1

Cahier N° 1  

Juillet 2004

 

Voici le premier cahier de voyage d'un feuilleton qui sera long. Au fil de ces cahiers vous pourrez suivre la navigation de Banik en Atlantique, ses zigzags en mer des Caraïbes et au delà de Panama, son sillage dans le Pacifique et plus loin encore...

Les cahiers de voyage de Banik ne sont pas seulement des articles techniques, des recettes pour "Réussir le grand départ". C'est une suite de chroniques écrites au fur et à mesure du voyage, inspirées par nos rencontres, nos découvertes, nos coups de coeur... 
Avec des récits et des informations inédites les Cahiers de Voyage complètent parfaitement tous les articles pratiques du site de Banik. Des liens sont d'ailleurs établis régulièrement avec ces articles.

Nous avons essayé de trouver un genre, un style qui plaisent à tous. Certains paragraphes ou des cahiers entiers pourront paraître un peu techniques à certain. D'autres textes feront sourire les mangeurs d'écoutes par leur simplicité mais tout le monde va y trouver son compte au fil des mois de navigation que nous ferons ensemble...

Bonne lecture.

 

L'histoire commence après une brève présentation de l'équipage permanent. Il vient de remettre le bateau à l’eau et quitte les brumes de la Mer du Nord pour faire route au Sud. Notez en fin de page, les informations nautiques de marées pour quitter Dunkerque à la meilleure heure et passer en une fois les Caps Blanc Nez et Gris Nez… et les coordonnées des points de route pour rejoindre la zone de mouillage du port de Cherbourg.

 

L’équipage de Banik au départ de ce tour du monde:

Anik, (1955)

Aime le voyage, les rencontres, plus que le bateau qui n’est pour elle qu’un moyen comme un autre de se déplacer avec sa maison.
Elle n’a jamais le mal de mer même quand il faut cuisiner dans le mauvais temps.

En savoir plus sur Anik

 

   
Jean-Baptiste (1953)

Aime la vie sur l’eau, traverser les océans quand le bateau avance seul poussé par le vent portant.
Passe beaucoup de temps (trop au goût d’Anik) à bricoler des bouts de ficelles sur le bateau ou à taper des articles sur son ordinateur.

En savoir plus sur Jean-Baptiste

 

Journal de bord:  De Dunkerque à Guernesey

Juin - mi juillet 2004 : Les préparatifs et les derniers travaux.

De fin juin jusque mi juillet 2004, c’est le mauvais temps qui domine à Dunkerque avec une tempête particulièrement violente qui atteint la force 9. Nous sommes, cette nuit là, à bord de Banik qui est au sec sur le chantier Bleu marine.
Ça bouge pas mal, les drisses des voiliers alentours claquent dans un bruit infernal et énervant. Nous surveillons le ber. Ce n’est pas le moment que le bateau tombe nous enlevant la possibilité d’un départ que nous espérons proche maintenant.

   
Vendredi 16 juillet 2004 : La mise à l’eau

Il fallait bien convenir une date avec le chantier pour réserver le travelift. Il fallait bien arrêter un jour de bricoler sur le bateau qui ne sera de toutes les façons jamais assez prêt. Le mauvais temps allait bien cesser de nous donner tous les alibis pour ne pas mettre Banik à l’eau.

Note : Pour nous le mauvais temps c’est quand le vent ne nous pousse pas dans la direction ou on va … Même quand il n’est pas fort.

Il fut donc décidé que nous remettrons Banik à l’eau le 16 juillet  et que si les conditions sont bonnes il n’y a aucune raison pour que le départ ne soit pas immédiat.

   

Samedi 17 juillet 2004 : Faux départ

La marée sera favorable à partir de 15:00 heures pour passer d’une traite de Dunkerque au delà de Calais et du cap Gris nez. Le soleil brille, et le vent a même l’air de passer au secteur Est ; ce qui n’est pas arrivé depuis plus d’un mois. Nous ne sommes pas vraiment prêts, mais il faut peut-être profiter de la conjonction de ces conditions favorables pour partir. Nous nous activons donc pour cela. L’heure approche, on va bientôt larguer les amarres. Anik qui lève le nez vers le ciel nous signale un drôle de nuage qui arrive menaçant. Le vent est passé d’un coup à l’W nous amenant une avalanche noire de nuages chargés d’électricité orageuse. (Pour les non marins, W veut dire Ouest. C’est l’initiale du mot anglais West)

Évidemment le départ est reporté au lendemain.

 

 

 

Tous aux abris c’est un bombardement de grêle.

   

Dimanche 18 juillet 2004 : Départ de Dunkerque

La marée nous commande de partir de bonne heure pour profiter du courant favorable.

Nous passons les jetées et nous nous dirigeons lentement vers la bouée de la petite sirène. C’est là qu’ont été déposées les cendres de Mamie et nous venons d’abord nous recueillir à cet endroit …

Nous virons ensuite pour embouquer le chenal et essayer de parcourir d’une traite les 35 milles qui nous permettrons de mettre derrière nous le cap Gris nez. Ce cap peut être désagréable avec les voiliers et les équipages quand on veut le passer contre le vent et le courrant. Quelques jours avant notre départ Joe Soeten sur son voilier préparé pour la course autour du monde avait fait demi tour à cet endroit. Il y avait beaucoup de vent et un fort courant certes et rien ne l’obligeait à poursuivre. En ce qui nous concerne, on est au moteur dans la pétole et on profite du courant pour sortir du détroit du Pas de Calais à 7- 8 nœuds. 
(*  voir les Informations nautiques en bas de page)

La mer est belle mais le temps est gris et pluvieux. Les cirés sont de sortie, les gouttes pendent le long des filières, la visibilité est réduite à 2 ou 3 milles. C’est triste comme un mauvais jour d’automne. Ce n’est pas ce qu’on a rêvé pour un départ, mais bon, il faut bien y aller ! Nous avons déjà presque quinze jours de retard sur notre date de départ prévu. Quinze jours qu’est ce que c’est quand on a la vie devant soi ? C’est ce que l’on se disait mais quand même, il fallait que l’on parte avant que la déprime ne nous gagne ou que les amis qui sont déjà venus nous dire au revoir 3 fois ne deviennent sarcastiques. Nous naviguons poussés par le moteur toute la journée. Ça sent le gasoil et les fumées d’échappement. Je propose de mettre à l’eau les lignes à maquereaux. Si nous prenons quelque chose, ça mettra un peu de soleil dans notre grisaille. Anik prévient qu’elle n’a pas le cœur à cuisiner notre pèche. Pour finir nous ne pécherons pas.

Dans la nuit le vent forcit un peu en venant de face bien évidemment. (SW force 4 à 5). Nous envoyons les voiles avec un ris d’abord, puis deux. Les ris sont des parties de la grand-voile que l’on peut resserrer autour de la bôme pour réduire la surface de toile. On est un peu sous toilé mais Banik ne gîte pas trop et pour une reprise ça nous convient bien.

Enfin le bateau avance à la voile sans le bruit infernal du moteur. L’inconvénient c’est que nous n’allons plus dans la bonne direction. Nous tirons un bord vers la cote française et le port de Dieppe. Le bateau tape toute la nuit contre la mer pour essayer de garder un cap le moins mauvais possible. Ce n’est pas l’allure favorite de Banik. Il fait frisquet en mer, la nuit, en ce mois de juillet pluvieux. A 4 heures du matin je vais dans la cabine à l’avant pour aller chercher un pull supplémentaire. En posant la main sur le duvet qui est resté étalé sur la couchette, je sens de l’humidité… Non, plus que ça, de l’eau, une flaque, presque une piscine… Le capot n’a pas été correctement fermé et, depuis des heures, chaque vague qui projette ses embruns sur le pont laisse en souvenir quelques gouttes qui s’infiltrent, dégoulinent, s’étalent dans mon lit douillet. Les réflexes du marin ne sont pas encore tous revenus. C’est impardonnable de ne pas avoir pensé à vérifier tous les hublots et capots dès lors que nous nous mettions sous voile. Je vous passe les détails de l’essorage, séchage et compagnie. Ça secoue, je suis fatigué, le jour diffuse ses premières lueurs loin la bas vers l’Est, mon quart est fini, je vais me coucher… Dans la cabine arrière

Lundi 19 juillet 2004 : Cherbourg : Premier mouillage

Dans la matinée, le vent tombe complètement. Heureusement le soleil remplace la pluie. Ça nous permet de faire quelques photos plus sympas. Nous remettons le cap directement sur Cherbourg car il est toujours vrai que la ligne droite est le plus court chemin vers là où on veut aller. Mais il est dit que cela n’ira pas tout seul. La courroie qui tourne la barre commandée par le pilote automatique vient de casser. Ce n’était pas une courroie neuve, elle a bien 10 ans, mais je n’ai aucune idée de l’endroit où se trouvent les courroies de rechange qui ont été chargées, fourrées

dans les moindres recoins du bateau avec les 700 kilos de matériel divers que nous avons apporté en déménageant de notre appartement.

Une seule solution dans l’immédiat : Réparer celle là en collant un petit renfort. Jean- Paul est toujours volontaire pour le bricolage. Il prend les choses en main pendant qu’Anik se met à la barre et profite d’un peu de chaleur.

Il est temps de présenter le 3ème membre de l’équipage pour cette partie de voyage de Dunkerque à La Corogne.

La silhouette alerte, Jean- Paul ne fait pas ses 64 ans. Il est chef de bord au LUC, le club de voile du Lille Université Club. Mais surtout il est mécanicien et l’hiver dernier il a emmené le moteur de Banik chez lui pour le remettre en état, le bichonner, le soigner comme on le ferait pour un sportif qui a besoin d’une bonne remise en forme. Il a suggéré de nous accompagner pour cette première étape. Au cas ou… Il devait être convaincu que son travail est impeccable pour prendre le risque de se faire jeter en pâture aux requins en cas de défaillance de l’engin. Comme le moteur ronronne, Jean Paul ne manque pas de « se coller » aux réparations diverses qui abondent sur un voilier lorsqu’on se remet en route après une petite interruption de sept ans. C’est pour passer le temps dit-il. En fait c’est un hyperactif qui n’est heureux que quand il a une liste de dix trucs à faire. Une liste de trucs à faire sur Banik, il y en a une bien longue encore. Jean-Paul barre, sur le carnet, les lignes au fur et à mesure que j’en rajoute. Pour le charrier, un jour j’ai écrit la ligne « Faire bronzette sur le pont ». Cette ligne n’a jamais été barrée. C’est donc encore à faire…

A 21 :30 heures, nous entrons à Cherbourg. (**  voir les Informations nautiques en bas de page)

 

Mardi 20 juillet 2004 : Le cap de la Hague à l’entrée du raz Blanchard n’est pas à la hauteur de sa réputation

Le programme de la journée est de rejoindre le mouillage (***  voir les Informations nautiques en bas de page) de Saint Pierre sur l’île de Guernesey. La difficulté de navigation de cette étape est le passage du raz Blanchard dont l’entrée est marquée par le cap de la Hague. Je consulte les documents nautiques en ma possession pour préparer au mieux le contournement du cap. Il faut regarder l’heure des marées et planifier le passage du lieu maudit à la meilleure heure.

Je décris les  conditions pour le passage du raz Blanchard dans le cahier numéro 2:
Informations nautiques sur Le raz Blanchard.
(Il faut laisser un peu de suspens)

En ce qui nous concerne Nous y étions à l’étale de marée et sans un « pet » de vent. : Le cap de la Hague pointé par son phare et le passage du raz Blanchard n’ont pas été à la hauteur de leur réputation … Et c’est tant mieux.

Les îles anglo-normandes sont en Normandie mais elles sont anglaises comme leur nom l’indique. Et on le voit tout de suite qu’on arrive en Angleterre. Le ciel bleu disparaît, il commence à pleuvoir.

A 18 :00 heures nous étions à l’ancre devant Saint Pierre. Nous ne débarquerons pas. Le sale temps ne nous en donne pas

l’envie. De plus nous sommes juste là pour passer la nuit et nous reposer un peu en espérant que demain le vent sera revenu (et dans la bonne direction) pour la prochaine étape qui doit nous conduire en Bretagne.

 

Informations nautiques:

A quel moment partir de Dunkerque : Pour  quitter Dunkerque et faire route vers l'W d'une traite de la Mer du Nord à la Manche en doublant les deux caps du boulonnais, le Cap Blanc Nez et le cap Gris Nez, il faut partir 4 heures après la pleine mer. Au début on a un tout petit courant contraire puis c’est l’étale, le moment ou le courant s’arrête avant de s'inverser. Une petite demi heure pendant laquelle le courant n'a plus aucun effet sur notre route. Puis on profite d’un bon courant portant le bateau comme sur un tapis roulant.

 

Mouiller en rade de Cherbourg : Cette étape est intéressante sur la route vers l’W car le port est accessible par tous temps et quelque soit l’heure de la marée. Comme nous arrivons de l’Est on a pris la passe Est qui est la plus étroite. De plus il faut contourner les roches qui débordent la digue de l’Est vers le Nord. Notre approche est celle-ci. Faire route vers le point 49°41’ N – 1°35,6’W en ayant un cap qui ne dépasse jamais 270°. Une fois arrivé à ce point, suivre l’alignement au 183° vrai pour rentrer dans la grande rade. Nous passons de la grande rade à la petite rade pour rejoindre la zone de mouillage qui se trouve au point 43°39’ N – 1°37,4’ W. On met l’ancre sur un fond de vase, dans 3 à 5 mètres d’eau suivant la marée.

 

Mouillage : Ce mot a plusieurs sens :
Il désigne la zone géographique où les bateaux peuvent jeter l’ancre. L’endroit est en général abrité du vent et surtout de la mer. La hauteur d’eau n’est pas très importante (3 à 15 mètres) pour éviter de mettre des longueurs de chaîne ou de cordage. Le fond est généralement constitué d’herbier, de sable ou de vase pour que l’ancre puisse s’enfoncer et s’accrocher. Les fonds de roches ne sont pas propices car les ancres ne tiennent pas ou bien elles se coincent et on ne peut plus les retirer.
Le mot mouillage désigne également toute la ligne qui retient le bateau. La ligne est en général composée d’une ancre pour s’accrocher au fond. Puis il y a une longueur de chaîne pour maintenir, par son poids, l’ancre bien à plat. Puis un cordage de fort diamètre qui permet de donner de la longueur au mouillage. Nous emploierons souvent dans les deux sens ce mot « mouillage ».

Découvrez comment Banik a constitué ses lignes de mouillage et comment nous les utilisons.

 

 

Ce document est un Cahier de voyage de Banik en route autour du monde. Il a été écrit au moment ou il a été vécu et il est mis en ligne sur le site plusieurs années après. Jusqu'à présent, seuls les abonnés aux Cahiers de voyages avaient pu le lire en temps réel.

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