Série 1

Cahier N° 3  

Juillet 2004

 

C'est l'épreuve du démanchage : Sortir de la Manche.
Nous continuons notre route contre la montre, (on a rendez vous à Brest avec notre fille Nathalie et son copain Ludovic) et contre le temps atmosphérique car le vent est soit inexistant soit de face. Heureusement on en voit le bout.

 

Journal de bord: De Guernesey à Brest

Mercredi 21 juillet 2004 : Utilisation intensive de la risée diesel .

Nous quittons le mouillage de Saint Pierre de Guernesey à A 8 :00 heures le matin. Le vent est toujours de SW très faible. Ça devient lassant, On fait du moteur. … Anik ne perd pas pour autant le sourire. (On ne sait pas encore que c'est loin d'être fini : Le 22 août date ou nous relisons ces lignes, la météo annonce encore du SW, ça fait plus de deux mois que ça dure)... On fait du moteur.

La brume ne se lève pas. On croise des vieux gréements qui reviennent de la grande fête de Brest. On les voit à peine tel des vaisseaux fantômes d’un autre temps qui nous ignorent, indifférents.

Nous prenons notre premier poisson du voyage : un petit maquereau de 25 cm. La nuit arrive et nous sommes toujours au moteur. Il voulait un essai, il a eu son essai de moteur Jean-Paul.

Jeudi 22 juillet 2004 : Encore une nuit éprouvante

Il y a la bas, dans le noir, le troisième passage délicat de cette descente de la Manche : Le passage du Four à la pointe Nord de la Bretagne. Nous y serons dans quelques heures et il est temps de consulter les instructions de navigation. Nous n’avons pas de chance ! On ne se présentera pas à la bonne heure.
Les instructions préconisent de ne pas tenter le passage contre le courant mais d’aller s’abriter quelques heures dans les rias situés juste avant comme celui de l’Aber Wrac’h. Je connais l’Aber Wrac’h pour y être allé par la mer lors du retour de nos deux précédents voyages. Je trouve que c’est un bon point d’atterrissage pour qui arrive de l’océan et veut passer toute la Bretagne par le large avant de s’arrêter pour souffler un peu avant de continuer la montée vers le Nord. Pour y rentrer il y a quelques alignements à suivre pour éviter les écueils épars. Ça tombe mal, il y a une purée de pois. On ne voit aucun feu. Même avec le GPS et le radar je ne me vois pas tenter l’entrée.
Ça serait dommage de planter le bateau juste au départ du voyage. Tant pis on va affronter les courants du chenal du Four. On n’avancera pas vite mais au moins on sera quasiment en pleine eau. Les quelques dangers existants sont bien balisés.

Je décris les conditions et le détail de notre passage du chenal du Four dans le cahier numéro 4 Informations nautiques sur Le Chenal du Four.


La balise des vieux Moines.

Le jour se lève à peine quand nous passons la balise des vieux Moines qui marque la sortie du chenal au bout de la pointe de Saint Mathieu. La brume est toujours épaisse et les écueils ne sont pas toujours visibles. On a intérêt à bien respecter le balisage.

La dernière ligne droite sera facile. On descend vers Camaret où nous voulons souffler un peu. On ne voit pas à plus de 30 mètres dans cette zone ou le trafic vers Brest est tout même sensible. Le radar est mis à contribution quasiment à temps plein depuis hier. Comme nous avons régulièrement pu le faire, nous sommes en train de suivre l’écho d’un gros machin qui vient vers nous. On change un peu notre cap pour nous écarter encore de la route de collision mais il n’y a pas de problème, ça passe. Ça passe tout près certes et on ne voit rien, mais ça passe. On ne voit pas le gros bateau.

On a beau savoir qu’il est là et qu’on se croise sans danger, on fait quand même un bond d’un mètre sur place avec le cœur qui se met en pulser des litres de sang chargé d’adrénaline quand on entend tout près, là, presque au dessus de nous le PWOUUUUU hurlant et grave à la fois de sa sirène de brume. Je ne veux pas manquer de politesse en ne répondant point. Je saisie notre corne en plastique spéciale haut décibel et je POUIIIIT dans sa direction. Mais il est déjà passé.
   
La brume se lève quand nous arrivons à Camaret. Ça y est on est à l’ancre, on est en Bretagne, ça va commencer à sentir bon les vacances.

 

Vivement demain.

 

 

Vendredi 23 juillet 2004 : Premiers essais de la Banikette

Cela fait plus d’un an que nous avons commencé la construction de la Banikette. Elle n’est toujours pas finie mais on ne peut pas s’empêcher de la mettre à l’eau pour évaluer son comportement. Elle a été dessinée pour fonctionner au moteur, à la voile, à la rame. C’est l’annexe de Banik qui nous servira tous les jours pour aller à terre transporter les bidons d’eau et le ravitaillement, nous emmener sur les lieux de pèche… Elle est insubmersible et prévue pour nous servir de canot de survie dynamique en cas de problème.

De nombreux lecteurs on acheté le CD rom de Banik pour avoir les plans et en construire une également. C’est dire si les premiers essais sont importants. Et ils sont tout à fait concluants. La Banikette est très stable comparé aux canots de sa taille (hors les pneumatiques). Le volume intérieur est important.

Le moteur de 9,9 cv la pousse sans problème et la Banikette prends tout de suite de la vitesse. Un bémol cependant : Arrivé à la vitesse critique ou le canot se remet à plat sur l’eau et commence à déjauger, l’hélice du moteur cavite et s’emballe. C’est vrai que nous avons un arbre court mais ça fonctionnait sur notre précédente annexe. J’ai été mesurer la hauteur de l’échancrure du tableau arrière. Ça correspond à ce qu’il y a sur les autres bateaux. Ça ne peut donc venir que d’une chose : La quille de la Banikette qui revient jusqu’au tableau et dont je n’ai pas profilé l’arrière par souci de

simplification. Cette surface plate devant l’hélice crée un trou dans l’eau à une certaine vitesse, et l’hélice ne peut plus s’appuyer sur l’élément liquide.

Ce problème a été résolu aux Canaries et toutes les explications sont données dans la série d'articles qui présentent la construction de la Banikette.

 

La Banikette plait aussi aux mouettes qui trouvent son moteur très confortable pour attendre là et épier nos moindres gestes.

 

 

Samedi 24 juillet 2004 : Les crêpes bretonnes toujours aussi bonnes:

Les escales c’est fait pour visiter certes, mais il y a aussi plein de choses à réaliser dès que l’on s’arrête quelques jours à un endroit. Notamment la lessive. Ça n’est pas aussi pratique qu’à la maison. Il faut trouver une laverie et les machines engloutissent plein de pièces de monnaie … Mais bon. C’est ça aussi la vie de bateau. Banik se décore ensuite d’une multitude de fanions colorés et de formes diverses. Heureusement qu’il fait beau.
   
Pour parler des bonnes choses aussi, il ne faut pas oublier les visites que nous ne manquons pas de faire. Les petites rues bordées de maisons de pécheur en granit, l’église construite à la racine du quai comme pour assurer la protection divine aux marins qui vont prendre la mer.

Le soir, nous nous régalons dans une crêperie. Il faut prendre des forces pour la future traversée du golfe de Gascogne et profiter (nous n’en aurons plus l’occasion avant longtemps) des bonnes spécialités françaises.

 

Dimanche 25 juillet 2004 : Rencontre de Mi Wani à Brest

Aujourd’hui nous allons rejoindre Brest pour aller chercher Nathalie, notre fille et Ludovic, son ami, qui nous rejoignent pour les prochaines étapes. Nous remontons la Banikette sur le pont. C’est une opération facile grâce à une drisse que l’on souque avec un gros winch sur le mat. Une fois l’annexe en place il faut la fixer solidement pour éviter qu’elle ne bouge en mer. Pour se faire je m’arc-boute sur les lanières de fixation pour les tendre au maximum. Je sens l’aiguille dans le dos, je tombe à quatre pattes et je reste coincé comme ça. Il y a longtemps que je ne m’étais pas fait un lumbago. Je suis idiot, je sais que je dois faire attention…

Vertèbres coincées et sourire pincé.
   

De Camaret à Brest c’est une petite navigation tranquille par un beau soleil qui dure depuis deux jours. S’en est incroyable. Quant on passe dans l’étroit goulet on comprends que cet endroit qui débouche sur une immense rade ait été choisi pour y cacher et défendre des flottes de guerre.

Une fois amarrés au ponton du port du Moulin Blanc on voit surgir une tête connue C’est Daniel. Il a quitté Dunkerque il y a un an avec sa femme Maryse. Ils préparent ici leur départ pour un long voyage également. Ça nous donne l’occasion de fêter nos retrouvailles au bar du Tour du monde. Un bar qui porte bien son nom car il y a de nombreux voiliers qui sont partis d’ici pour la grande boucle.
   
On nous a fait parvenir une photo du Notre Dame des flots qui porte fièrement sa nouvelle garde robe lors des manifestations de Brest 2004.
Pour les amoureux des vieux gréements, voir sur le site de Banik, dans la rubrique "Album de photos" Toute une série d'images sur le Notre Dame des Flots à l'intérieur et à l'extérieur.

 

 

Ce document est un Cahier de voyage de Banik en route autour du monde. Il a été écrit au moment ou il a été vécu et il est mis en ligne sur le site plusieurs années après. Jusqu'à présent, seuls les abonnés aux Cahiers de voyages avaient pu le lire en temps réel.

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