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Le gaz à bord:
Une petite histoire vraie pour commencer...
Je me souviens de cette traversée de la petite baie de Pargo au
Venezuela vers
l'île de Grenade. Nous n'avions aucun moyen de navigation autre que le compas et le livre
de bord pour effectuer cette route de 90 milles. Ce qui corse l'affaire c'est que l'alizé
nous oblige à tirer un long bord de près et que les forts courants traversiers vont
s'acharner à nous faire rater l'île.
Au départ, nous avons un ris dans la grand voile et quelques tours d'enrouleur. Nous
essayons de tenir un cap le plus serré possible en gardant une bonne vitesse de 6
nœuds. La nuit tombe, le vent se lève, il faut prendre un deuxième ris. J'essaye de régler le
voilier au mieux pour que le pilote puisse barrer. Tout à coup Anik appelle en hurlant de
l'intérieur du bateau. Au ton de son cri je sens que c'est grave et je me précipite à
l'intérieur. "Il y a le feu au bateau". En passant près de la table à carte
j'arrache un extincteur de son support. Là, au dessus du frigo, une épaisse fumée noire
se dégage de derrière le vaigrage. Des flammes apparaissent. Je réalise soudain qu'à
cet endroit passent les tuyauteries souples qui distribuent le gaz au frigo et au
réchaud. Tout va très vite: Je ferme le robinet intérieur d'arrivée de gaz et
j'extrait le frigo de son logement en criant à Gibé d'aller fermer la bouteille de gaz
dans le cockpit. J'éclate le vaigrage à coup de pied et arrache les panneaux de bois.
L'extincteur à poudre étouffe rapidement les flammes. La mousse d'isolation a fondu.
Elle a dégagé, en brûlant, une épaisse fumée noire qui pique les yeux et fait tousser.
Je refuse que l'on ouvre les capots pour aérer car je craint que l'air frais ne réactive
le feu. Nous sortons tous dans le cockpit pour reprendre notre souffle et cracher dans
l'eau. C'est à ce moment la que je sens les cloques qui se forment au bout de chacun de
mes doigts.
Que s'est-il passé?
Anik a vu un cafard se promener au dessus
du frigo et se réfugier derrière le panneau
de vaigrage. Comme nous faisons une chasse impitoyable à ces petites bêtes, elle a pris
la bonbonne d'insecticide et a d'abord aspergé abondamment l'intérieur du vaigrage
par
une fente, puis le pourtour du frigo. Elle n'a pas penser à la petite flamme qui
brûle en
permanence pour refroidir nos bières. Tout à coup cela s'est enflammé en prenant vite
des proportions alarmantes. Il parait que l'on met du butane maintenant dans les bombes
d'insecticides... C'est pour protéger la couche d'ozone.
Le bateau est dans un état indescriptible. Les plafonds sont noirs, tout l'intérieur
est recouvert de la pellicule blanche de la poudre de l'extincteur. Nous sommes toujours
au près bon plein car si je veux atterrir sur Grenade il me faut garder absolument ce
cap. Anik peste de devoir entreprendre le nettoyage dans ces conditions. Dans
l'énervement, je fais tomber une boite de peinture polyuréthane à deux composants. Le
catalyseur s'ouvre et se répand sur le plancher en s'amalgamant à la poudre blanche qui
colle, tache et sent mauvais en plus maintenant. Nous en avons pour deux heures à tout
nettoyer en nous cramponnant pendant que BANIK, imperturbable, taille sa route...
Le gaz à bord c'est un grand débat: C'est dangereux dit-on
et c'est exact.
Néanmoins nous gardons notre frigo à gaz qui fonctionne parfaitement nuit et jour.
Normalement nous le coupons quand nous naviguons au près. Par contre nous jetterons la bombe
(nom prédestiné) d'insecticide.
C'est un choix délibéré que l'on assume car le gaz est pratique et on en trouve
partout. De plus c'est un combustible qui n'est pas très cher dès que l'on a quitté les
côtes européennes. Le gaz alimente de façon simple le réchaud, le four et le
réfrigérateur. Nous n'avons pas fait d'installation
spéciale pour la mise en place du frigo.
Il y a les réchauds à pétrole qui offrent normalement plus de
sécurité. Une petite enquête auprès des nombreux navigateurs que nous avons rencontrés
montre que sur les utilisateurs de réchauds à pétrole, 50 % en sont d'irréductibles
défenseurs et 50 % le garde parce qu'ils l'ont mais pestent tous les jours sur le
système de mise en route par préchauffage ou sur leurs brûleurs qui tombent en panne. De
plus il y a pas mal de cas de navigateur qui ont mis le feu à leur bateau avec l'engin.
Avec le gaz aussi il arrive des accidents, souvent plus terribles encore. Il faut donc
prendre quelques précautions: Les bouteilles doivent être à l'extérieur, le détendeur
en bon état, la tuyauterie en cuivre d'un seul morceau, les liaisons soudées dans les
règles de l'art, un robinet près du réchaud permet de couper l'alimentation d'un seul
geste. Mais tout cela sont des choses connues. Il y a une astuce supplémentaire qu'un
marin de rencontre m'a expliquée un jour: La membrane de son détendeur s'est détruite,
laissant passé le gaz dans la tuyauterie à la pression de la bouteille. Du coup, le
tuyau souple qui arrive au réchaud s'est retiré de son embout, laissant échapper le gaz
dans le bateau. Il était présent heureusement, s'en aperçu tout de suite, et le
problème a été traité immédiatement. Cela aurait pu être grave. Pour éviter
pareille mésaventure, nous ne mettons plus de collier serflex sur le tuyau souple coté
bouteille. C'est cette liaison extérieure au bateau qui se détachera, agissant comme un
fusible, si le détendeur venait à se rompre.
Rappel : A
notre connaissance il n'y a pas de frigo trimixte homologué
"marine". Vous faites donc cette
installation sous votre propre responsabilité et
ce n'est pas parce que nous l'avons fait sur Banik que c'est
justifiable si il y a un problème un jour. (vis à vis de vos
assurances ou n'importe quoi d'autre).
Dans la pratique comment cela se passe avec les
bouteilles?
Quand on voyage de par le monde on s'aperçoit qu'il y a de nombreux standards de
bouteille de gaz: Les embouts ne correspondent pas, les détendeurs se s'adaptent pas.
C'est l'un des principaux reproches que l'on fait au système gaz: Il faut racheter sans
arrêt des bouteilles locales, avec des contrats chers, puis de nouveaux détendeurs qui
s'adaptent...
Ce n'est pas la bonne solution:
En réalité il faut toujours garder l'installation
d'origine qui a été mise en place en France. Les prévoyants qui vont loin prendront
donc en plus, un détendeur de réserve...
Au Maroc, en Martinique ou en Guadeloupe les bouteilles sont les mêmes qu'en France.
Il suffit de les échanger chez le commerçant. Ailleurs nous avons du trouver le moyen de
remplir nos bouteilles.
Dans de nombreux pays, il est normal d'aller à l'usine de gaz pour aller faire remplir
ses bouteilles personnelles. Dans les zones ou on est allé, les usines disposent souvent
des embouts américains et parfois même des embouts français. C'est le cas aux Canaries
par exemple. (Voir la liste des fournisseurs de gaz en fin de texte)
Personnellement je me suis fabriqué un système composé d'un petit bout de tuyau en
cuivre sur lequel j'ai soudé à une extrémité un embout qui se visse sur la bouteille
française et à l'autre extrémité un robinet de bouteille américaine (la partie qui
est vissée à la bombonne). Munie de ce système, ma bouteille française est transformée
provisoirement en bouteille américaine. Quant elle est pleine j'enlève l'embout et la
bouteille est à nouveau adaptable à mon détendeur français.
Dernier cas de figure: Il n'y a pas de bouteille type "France" et il n'y a
pas d'usine de remplissage facilement accessible. (Dans certaines îles les bouteilles
locales arrivent pleines par caboteur). Dans ce cas il faut remplir ses bouteilles soi
même. L'opération est extrêmement simple tout en réclamant quelques précautions.
1) Il faut se procurer une bouteille locale. Bien sur vous n'en possédez pas que vous
pouvez échanger contre une pleine au commerçant. Vous vous arrangez donc avec lui en lui
expliquant que vous prenez la bouteille pour 12 heures, que vous lui payez le gaz, que
vous lui
donnez une caution (le prix de la bombonne), qu'il vous rendra la caution quand vous
rapporterez la bouteille. Il ne reste plus qu'à transvaser le gaz d'une bouteille à
l'autre.
2) Faites les opérations au mouillage à l'arrière du bateau (qui est forcément vent
de bout) car s'il y a une fuite, le gaz est emporté de suite à l'extérieur. Vous
suspendez à l'envers, la bouteille pleine au balcon arrière (robinet vers le bas). La
bouteille vide est en dessous, à l'endroit, posée dans la jupe.
3) Un tuyau en plastique armé (transparent c'est pas mal car on peut voir le gaz liquide passer)
est fixé entre les deux bouteilles. Le tuyau est maintenu par de simples
colliers serflex bien
serrés.
Pour que l'on puisse mettre le maximum de gaz dans la bouteille il faut éviter d'y
faire rentrer de l'air qui prend une partie du volume. Prenez donc l'habitude de ne jamais
laisser la bouteille avec le robinet ouvert, même quand elle est vide. Fermez le robinet
avant de la déconnecter du détendeur, gardez ce robinet toujours fermé.
4) Les deux bouteilles (la pleine et la vide) sont donc reliées par le tuyau, les
robinets fermés. On ouvre d'abord le robinet de la pleine. Le tuyau se remplit, se gonfle
un peu. Si les serflex sont bien mis il n'y a pas de fuites. Desserrez doucement le serflex
coté bouteille vide. L'air va s'échapper, ça siffle un peu, ça fait froid aux
doigts,
ça sent mauvais, mais ce n'est pas dangereux si vous n'avez pas de cigarette en bouche.
Le but est de purger l'air contenu dans le tuyau. Vous resserrez rapidement le serflex et
tout rentre dans l'ordre: Il n'y a plus d'air dans le tuyau, le remplissage va pouvoir
commencer. Pour cela ouvrez simplement le robinet de la bouteille vide. Le gaz liquide
coule par gravité.
5) Au début cela va vite, puis les pressions s'équilibrent et le liquide ne passe
dans la bonne bouteille que lorsqu'une bulle gazeuse vient de s'en échapper vers le haut.
Pour accélérer le processus, Mettez la bouteille pleine au soleil pour qu'elle chauffe
et la bouteille vide à l'ombre d'un linge que vous arrosez pour créer une fraîcheur
relative.
L'opération prend quelques heures et on récupère environ 80 % de la bouteille
pleine. On s'en rend compte en pesant les bouteilles avant et après l'opération. Quand
on achète le gaz à moins d'un franc le kilo au Venezuela, on est pas trop déçu par
la petite perte.
Si vous voulez accélérer l'opération, Vous achetez un gros sac de glaçons
pour y
plonger la bouteille vide. La différence de température fait filer le gaz d'une
bouteille à l'autre. Si vous avez le temps, laissez le dispositif en place tranquillement
toute une nuit, sans glace:Au petit matin vous aurez récupéré vos 80 %.
Quel type de gaz ?
Il me semble que l'intérêt du propane est de fonctionner par temps
froid alors que le butane gèle... Sous les tropiques il n'y a donc aucune raison
d'utiliser du propane en usage domestique et on ne trouve que du butane chez les
commerçants (En tous cas je n'ai jamais fait attention ni remarqué qu'il y eut du
propane...)
Il peut y avoir une différence au niveau des brûleurs de la gazinière, il vaut mieux
partir équipé de brûleurs pour le butane que l'on trouve de façon certaine, partout.
BANIK a du refaire le plein de gaz:
Voici quelques Informations pour s'en
procurer
CARTAGENE en COLOMBIE
Prendre un taxi pour la matinée: 12000 Pesos soit environ 60 frs. Charger les
bouteilles de plusieurs bateaux pour partager les frais du taxi. Aller à l'usine de
remplissage du gaz. Le taxi sait ou cela se trouve.
Si vous avez une adaptation: bouteille française => embout américain, ce sera
facile, sinon on y arrive mais c'est cow boy (le gars à califourchon sur la bombonne
qui
maintient la lance en force). 13 Kg = 3200 pesos soit environ 16 frs
CHAGUARAMAS à TRINIDAD
Il suffit de déposer les bouteilles devant le shipchlander d'un chantier. (Se
renseigner du jour de ramassage). Nous l'avons fait chez Peake (ça marche aussi aux autres
chantiers). Sur chaque bombonne: Inscrire le nom du bateau et du chantier ou le gars doit
rapporter les bouteilles pleines. Il fait la tournée dans toute la baie.
Dépôt le matin vers 9 h. on paye de suite (35 frs en 1996 pour la course et les 13 Kg
de gaz). Le gars re-dépose les bouteilles (même française) dans l'après midi devant le
ship.
On les récupère quand on veut, les bouteilles restent devant le ship sans problèmes
ILE GOMERA aux CANARIES
Nous avons mouillé dans le port de San Sebastian.
L'usine de remplissage des bouteilles est à proximité de la plage on y va à pied
avec notre caddy à 2 roues.
Ils remplissent les bouteilles françaises de suite.
HORTA aux ACORES
Porter les bouteilles françaises au magasin Costa & Martins en façade de la
marina. Ils la font remplir en 24 à 48 H.
prix juin 1997: 1391 escudos = 46,40 FF
LAS PALMAS aux CANARIES
On confie les bouteilles françaises à la station service Texaco au bout du quai
principal. Se renseigner avant du jour ou ils font un aller retour à l'usine. Ils la
remplissent sur la journée.
Marina HEMINGWAY à CUBA
Faire la demande au bureau du port, ils envoient un chauffeur. Pour nous cela a été
rapide, le gars prend la bouteille, la remplie la rapporte en une heure.
Prix 12 US $ soit 70 frs en mars 1997.
MAROC
Ils ont les mêmes bouteilles qu'en France, il suffit de les échanger dans un magasin.
La difficulté étant de trouver une bouteille en bon état pour pouvoir les échanger à
nouveau ensuite (Martinique, Guadeloupe par ex)
PORLAMAR Ile de Margarita au VENEZUELA
Au mouillage de l'hôtel Concorde un gars se charge de porter les bouteilles françaises
à l'usine et les rapporte dans la journée.
RIO DULCE au GUATEMALA
L'usine se trouve un peu avant Morales à 30 km de Fronteras la ville située sous le
pont du Rio Dulce. Essayer d'y aller avec une camionnette de marina.
35 frs la bouteille de 13 kg. Ils n'ont pas d'embouts français mais ils ont l'embout
américain (se fabriquer une adaptation voir plus haut)
Il est également possible de confier la bouteille à Bruno's marina. Il compte la
course et le gaz à 50 Q (45 frs) ce n'est pas cher pour le service
SPANISH WATER à CURACAO
A la marina Sarifundy ils récupèrent et rechargent eux même tous types de
bouteilles. Cela se fait du jour au lendemain.
prix de la charge pour une 13 kg française 70 frs en octobre 1996.
PAMPATAR au VENEZUELA
Porter la bouteille française à la première Liquoreria sur la plage près du
restaurant TRIMAR. Un gars les prend, les porte lui même à l'usine et les ramène pour
une somme modique.
Réactions: Pour
être complet et objectif nous publions une réponse qui a été envoyée sur un
forum nautique
ce qui est arrivé au bateau Bol d'air.
Remplissage de bouteilles au venez. tellement pleine que la pression n'était
plus celle du gaz mais celle du gonflement de l'enveloppe métallique. Résultats:
Le détendeur a lâché et le gaz est arrivé liquide dans les brûleurs,
flammes de 1m de haut, fermeture en urgence de la bouteille mais le gaz
liquide contenu dans les 10 mètres de tuyau ont maintenu l'incendie durant 5
minutes. Catastrophe évitée de justesse.
Conclusion ne pas remplir les bouteilles
plus que normal, ne pas les utiliser couchées (les détendeurs ne sont pas
faits pour du liquide) et installer une vanne à côté de la gazinière,
accessible même si ça brûle!!
CONSEIL:
Ayez toujours un détendeur en bon
état... Changer le systématiquement après 5 ans d'utilisation en ambiance
marine (les détendeurs sont toujours dans des coffres communiquant avec la
mer). Le prix du détendeur est ridicule en regard de l'accident décrit ci
dessus... Un moyen de contrôler la quantité de gaz qui a été chargée
dans la bouteille et donc la pression qu'elle subit est tout simplement de la
peser.
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