| Notre "aventure
santé":
C'est
une véritable aventure à l'intérieur
de nos aventures. Une vraie
parenthèse qui s'est imposée dans notre vie de voyageurs
hydrophiles.
Vous avez été très nombreux à nous demander régulièrement des nouvelles. Vous
avez été super
sympas et nous avons été très touchés par vos mails, vos mots de soutien, votre
amitié.
C'est pour vous que nous avions fait cette page, mise à jour au fil
des événements pendant un an.
Voici donc
achevé le récit complet de "notre aventure santé". Nous laissons
cependant cette page en ligne pour illustrer avec un cas concret une
expérience de transplantation rénale... Si ça peut servir à quiconque...
Les textes des petits tableaux explicatifs sont inspirés de la
documentation publiée par l'agence de biomédecine. Vous y trouverez
des liens vers une courte page d'informations générales sur le don d'organes
que nous vous invitons à suivre par curiosité.
Toute l'histoire:
Naviguer c'est notre bonheur, et
puis...
Nous
naviguons autour du
monde sur notre voilier Banik. Pas de date de retour prévue, nous avons
l'intention de voyager sur l'eau tant que nous y trouvons du bonheur. Et puis tout à
coup, un résultat de prise de sang qui arrête tout...
Reprenons depuis le début...
 |
1999, un néphrologue de
Roubaix suit Anik pour vérifier le
bon fonctionnement de son rein unique.
En 2004, il a été mis au courant de notre nouveau projet de départ avec comme objectif le tour
du monde. Une petite organisation a été mise en place : Anik lui envoie les
résultats d’analyse de sang qu’elle fait aux escales et il lui donne ses
directives par mails… C'est super Internet.
Jusqu’à Tahiti il lui a toujours donné son feu vert
pour continuer le voyage.
Janvier 2007: La première analyse de
sang qu’Anik a faite à Tahiti n’étant pas très bonne, le néphrologue l’a
mise en contact avec son collègue à l’hôpital de Papeete. En trois mois
d'observation, celui ci confirme une insuffisance rénale chronique.
Anik apprend la nouvelle sur le
lagon de Tahiti. |
|
Le
rein est indispensable à la vie.
Il a un
rôle de filtre: Il élimine les déchets
(urée, créatinine, potassium, etc)
transportés par le sang et les évacue dans
l'urine. Il maintient constante la quantité
d'eau et de sels minéraux dans l'organisme
en ajustant leur élimination. Il produit
aussi des hormones et des vitamines
indispensables à certaines fonctions comme
la fabrication de globules rouges par la
moelle osseuse, la régulation de la pression
artérielle et le maintien de la qualité des
os. L'insuffisance rénale terminale est la
phase ultime avant la perte de la fonction
rénale qui met en danger, à court terme, la
vie de la personne si aucun traitement n'est
mis en place.
Plus d'infos sur
le don d'organes
|
A cette date nous
comprenons que l'insuffisance rénale d'Anik
nécessitera probablement dans un avenir proche une solution d’aide par dialyse.
Ce traitement qui comporte d'importantes contraintes est incompatible avec la vie
de nomade sur un voilier. Pour nous ça risque d'être
la sédentarisation obligatoire.
L'alternative c'est la greffe d'un rein mais cette opération
n'est pas proposée à tout le monde car il faut des conditions physiques
optimales et de toutes les façons elle ne se
pratique pas encore en Polynésie.
Premières décisions:
Anik décide donc
de rentrer en métropole par avion et
de commencer à se soigner avant que cela ne devienne plus grave.
Jean-Baptiste se prépare à ramener le bateau en France en raccourcissant les
escales et en passant par le Cap de Bonne Espérance. Banik sera ainsi près de nous,
nous pourrons l'entretenir correctement et il nous permettra de repartir
dès la guérison...
Cette organisation a été
choisie parce qu'en métropole,
l'attente d'un greffon peut être longue (on peut compter parfois en années). Nous
jouons la carte de l’avenir et nous parions qu'à terme nous pourrons
reprendre la mer ensemble à l'issue de notre longue escale forcée en France.
Anik sait depuis
plusieurs années qu'un jour ce problème va devenir grave. C'est pour ça que
nous sommes repartis faire ce tour du monde dès que ça a été possible après
avoir lancé nos enfants dans la vie. Anik a essayé. Il lui avait fallu du courage pour décider de reprendre la mer
compte tenu des risques. Neptune ne lui permet pas d’aller jusqu'au bout du
voyage... Il lui a fallu du courage aussi pour quitter le bateau
à Tahiti et rentrer pour mettre en route le processus.
Mi mai 2007
Anik arrive en métropole et commence les examens dans de bonnes conditions car, par
ailleurs, elle est en excellente santé et il faut mettre en route
le plus vite possible les tests pour
"gagner" une greffe de rein.
Pour nous deux c’est
une énorme déception. C'est notre projet de vie en voyage sur les
océans qui devait
durer encore des années et qui est stoppé... au mieux pour un bon moment...
nous refusons de penser que ça puisse l'être définitivement.
Un espoir imprévu nous est proposé:
Anik est
prise en charge avec gentillesse et compétence par son service
de néphrologie dans le Nord. Elle passe avec succès 12 examens
médicaux. Sa bonne santé lui permet d'avoir le tampon "apte à la
greffe". Elle peut être inscrite sur la liste d'attente
nationale. Il n'y a plus qu'à attendre et on sait que ca sera
long.
Son médecin lui explique alors qu'il est possible
d'accélérer les choses si elle reçoit le rein d'un donneur
vivant. Dans ce cas les avantages sont multiples.
|
Les avantages de la greffe
de donneur vivant sont nombreux:
-
Le rein de donneur vivant est
pratiquement l'unique occasion de réaliser
une greffe rénale "préemptive", c'est à dire
avant le stade terminal de l'insuffisance
rénale et le difficile traitement par dialyse qui en résulte.
-
Le rein greffé fonctionne
mieux et plus longtemps. Dix ans après la
greffe, environ 80% des greffons à partir de
donneur vivant continuent à fonctionner
contre environ 60% à partir de donneur
décédé.
-
La date de la greffe est
programmée à l'avance et elle se déroule dans des
conditions optimales. Le rein du donneur
vivant est prélevé dans d'excellentes
conditions avec un temps de conservation
très court.
-
La date de
la transplantation est très proche, le temps
de réaliser sur le donneur toutes les
examens médicaux pour vérifier et garantir
sa santé. Ça n'a rien à voir avec le délai
d'attente d'un greffon d'une personne
décédée qui peut se compter en années...
-
Une greffe de donneur vivant
réalisée est une occasion supplémentaire qui
est donné à un patient, ne disposant pas de
donneur dans son entourage, de recevoir un
greffon prélevé chez un donneur décédé.
C'est important car il y a un manque de
greffon... toujours plus chaque année.
Plus
d'infos sur le don d'organes
|
Action !
Juillet 2007:
Sans trop y croire, Jean-Baptiste fait une première série d'analyses à
Tahiti. Notre coup de chance c'est que nous avons le même groupe
sanguin. Pour le reste c'est à voir mais aucune contre indication
fonctionnelle n'est décelée.
Début
août 2007: Il faut pousser un peu les
investigations. Jean-Baptiste décide donc
de rentrer aussi en métropole.
Il doit d'abord trouver un chantier, y conduire Banik, le
mettre au sec et le désarmer. Nous ne savons pas combien de
temps il devra rester seul. Il aura en tous cas au moins une
saison cyclonique à encaisser sur son ber sans notre présence
pour l'aider.
Banik est sorti de l'eau au CNI: Chantier Naval des
Îles à Raïatea. Jean-Baptiste y fait la connaissance
d'une équipe sympathique et compétente. |
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Mi août
2007 Jean-Baptiste prend un avion pour rejoindre Anik et l'équipe de médecins en
métropole.
Fin août
2007: Analyses complémentaires (prise de sang, scanner...) le
dossier est complet (on le croyait), il est transmis au service des greffes du CHRU de Lille.
Nous
devons rencontrer le service de greffe pour
étudier à fond la possibilité d'une transplantation entre nous.
Nous réglerions ainsi nos histoires en famille.
Apprentissage de la patience :
Le service
de greffe du CHRU de Lille nous fixe un rendez vous le 30 octobre 2007
pour un premier entretien. Deux longs mois d'attente et
d'incertitudes. Nous espérons beaucoup de ce rendez vous pour
savoir comment va se passer la suite. Pourquoi tant d'attente ?
Mais c'est vrai que nous ne sommes pas les seuls.
Pendant ce
temps, la famille et les amis nous accueillent. Nous avons
beaucoup de chance. Nous nous considérons en escale technique dans le
Nord, nous ne voulons pas nous réinstaller (ce serait très
difficile pour nous par beaucoup d'aspects). Nous bougeons d'une
maison à une autre avec nos sacs de voyage.
Notre voilier Banik, notre vrai foyer, est resté en Polynésie.
Le Responsable du Chantier Naval des Îles et la charmante
secrétaire Amandine sont très impliqués dans notre aventure. Ils nous aident
dans nos démarches auprès de la Douane polynésienne qui ne
comprend pas tout de suite le contexte et nous demande
dans un premier temps de
faire quitter le pays au bateau. Un
voilier français a le droit de rester un an en Polynésie, c'est
une admission temporaire. Ensuite il faut partir ou payer des taxes d'importation.
Comme nous ne sommes pas à bord, nous sollicitons une
prolongation
exceptionnelle de l’admission temporaire.
1er
octobre 2007: Nous arrêtons tous les deux de fumer. Ce n'est
pas extrêmement dur. Nous ne sommes pas des gros fumeurs et on a
une bonne motivation. On nous a dit que le tabac ralentit la
cicatrisation et peut altérer le greffon.
30 octobre 2007 :
Nous rencontrons le service de greffe du CHRU de Lille. Premier
contact avec une équipe qui nous fait tout de suite un très bon
effet.
Le "Patron" nous reçoit sans cérémonie, il nous explique
avec beaucoup de patience les différents aspects administratifs
et médicaux de
l'intervention que nous sollicitons.
Il y a les points noirs : Comme pour tout acte
médico-chirurgical, la néphrectomie (le prélèvement d'un
rein) et la greffe comportent un risque qui concerne
l'anesthésie, l'opération chirurgicale et les suites opératoires
immédiates ou lointaines
Il y a les espoirs: La greffe de rein est le meilleur
traitement de l'insuffisance rénale terminale. Le rein greffé
assure normalement toutes les fonctions d'un rein et améliore
considérablement l'espérance et la qualité de vie du receveur.
Tout n'est pas encore réglé, loin de là.
|
Techniquement
: L'étape
suivante est l'attente du résultat du cross-match qui vient
d'être réalisé (mélange en éprouvette de nos cellules
respectives pour déceler une éventuelle incompatibilité). Anik
est certaine qu'il est impossible qu'elle rejette un rein venant
de Jean-Baptiste... Mais entre les convictions et la biologie brute
...
Administrativement : Nous avons eu beaucoup
d'informations, nous avons de la documentation à
lire et à comprendre, nous devons y réfléchir
et reprendre contact dans deux semaines... Avec le
résultat du cross-match... Encore 15 jours à
attendre avant de pouvoir planifier la suite, c'est
long mais c'est le délai de réflexion légal. |
 |
|
Compatibles ou incompatibles ?
-
Les chances de
succès de la greffe, à l'heure actuelle, ne
dépendent plus du nombre de compatibilité des
groupes tissulaires HLA entre le donneur et le
receveur. Une greffe rénale peut réussir
parfaitement même si le donneur n'a aucune
compatibilité avec le receveur. Ceci grâce aux
médicaments anti rejet (ou immunosuppresseurs)
qu'il faut prendre à vie. Médicalement parlant,
nous ne sommes donc plus dans la recommandation
d'un lien généalogique (de type parent - enfant,
frère -soeur) entre le donneur et le receveur.
-
Il est
cependant nécessaire que le donneur et le
receveur soient compatibles au niveau du rhésus
sanguin.
-
Le cross-match
sert à vérifier que le receveur ne possède pas
d'anticorps particuliers dirigés contre les
cellules du donneur ce qui les tuerait. Si le
résultat du cross match est négatif, la greffe
est possible sans "risque immunologique".
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d'infos sur le don d'organes
|
9 novembre 2007: Nous
avons le résultat du Cross-match. Il est négatif. Ça veut dire
qu'il n'y a pas d'incompatibilité entre nous, la greffe est
possible. Encore une étape qui aurait pu être décisive et qui se
passe bien. Ouf.
Ça veut dire que l'on pourra commencer des examens plus
poussés sur Jean-Baptiste dès que nous aurons donné notre
accord pour poursuivre l'aventure (après le délai de réflexion
légal). Ces analyses complémentaires
servent à vérifier que le prélèvement d'un de
ses deux reins ne lui fait courir aucun risque.
15 novembre 2007:
Nous déclarons officiellement notre intention de poursuivre
l'action qui est commencée. (Nous n'avons pas attendu un jour de
plus que le délai légal). Le service de greffe aide
Jean-Baptiste à rédiger un courrier pour solliciter un entretien
auprès du comité d'experts.
|
Le comité
d'experts :
Le comité
d'experts est composé de 5 membres: trois
médecins, un psychologue et une personne
qualifiée en sciences humaines et sociales. Le
comité rencontre le donneur pour vérifier les
aspects légaux et d'éthique. Le don
d'organe est toujours gratuit, volontaire, et le
consentement est éclairé avec le maximum de connaissance des
choses.
Le comité d'experts autorise ou non le
prélèvement et n'a pas à justifier sa décision.
Plus
d'infos sur le don d'organes
|
Nous avons encore tous les
deux plusieurs rendez vous dans différents services du centre
hospitalier pour poursuivre les examens médicaux... Le don
d'organe d'une personne vivante doit être réalisé sans mettre en
danger les fonctions vitales du donneurs. Tous ces bilans sont une garantie
de sécurité pour le bon déroulement de la greffe.
Nous aurons bientôt un
dossier complet que nous prendrons sous le bras pour aller
rencontrer, le 18 décembre 2007, le chirurgien et
l'anesthésiste. Encore un mois d'attente mais les choses avancent bien. Espérons qu'il n'y
aura pas d'imprévus...
18 décembre 2007 : Nous rencontrons le chirurgien et
l'anesthésiste. Ils ont tout le dossier du bilan médical
avec les conclusions du néphrologue. En ce qui nous concerne
nous ne connaissons pas encore tous ces résultats.
Leur diagnostic et les questions qu'ils nous posent vont
décider de la suite qui sera donnée.
Leur analyse est que tout se présente bien pour que
l'opération se passe dans les meilleures conditions. Ouf !
Il n'y a plus qu'à planifier. Les fêtes de fin d'année
approchent, certains vont profiter de vacances bien méritées,
les contraintes des services et les autres interventions
déterminent en définitive la date du 14 janvier 2008.
Cette fois ci encore, nous avons eu une excellente impression
des spécialistes qui nous ont reçus. On va essayer de les aider au
maximum en nous mettant dans la meilleure forme possible: pour
Jean-Baptiste, régime et footing tous les matins. Pour Anik pas de grippe ou de
rhume et attention à l'excès de potassium...
C'est donc encore un petit mois de patience supplémentaire, mais un mois un peu
particulier car c'est maintenant un vrai compte à rebours. Dans
un premier temps, on aura l'esprit occupé avec les festivités en famille et entre amis jusque début
janvier. Ensuite les quelques démarches obligatoires (comité
d'experts, tribunal de grande instance...) nous amèneront
rapidement à la
date retenue pour la transplantation.
7 janvier 2008: Rendez
vous pour Jean-Baptiste avec le comité d'expert qui fait son
possible pour ne pas ressembler à un jury d'examen de passage...
Jean-Baptiste a bien senti que cet entretien, ce passage
obligé par le protocole, est mis en place pour vérifier le bien
fondé de la greffe, protéger le
donneur, et pour répondre aux questions qu'il se poserait encore.
En ce qui le concerne, ça l'a conforté dans sa décision. Les
médecins ont encore bien insisté sur le fait qu'à partir de
maintenant on ne parlera plus de ses reins mais de son rein...
et que c'est un organe unique qu'il faudra préserver avec la
meilleure hygiène de vie possible tout le reste de son
existence.
8 janvier 2008: Alors que tout va
bien, que tout est contrôlé depuis des mois, des saignements nouveaux et imprévisibles provoquent une très brève intervention
sur Anik sous anesthésie pour faire un prélèvement . L'intervention est
bénigne, on ne bouge rien en ce qui concerne la
transplantation qui aura lieu dans 6 jours ...
10 janvier 2008: Jean-Baptiste a
rendez vous avec le premier Vice-Président du Tribunal de Grande
Instance de
Lille. C'est également une formalité prévue
par la loi de bioéthique de 2004. Le magistrat enregistre
officiellement le don d'organe et s'assure qu'il est consenti.
Il notifie que c'est un acte gratuit.
Ce document est
indispensable pour que l'opération puisse se faire et il est immédiatement transmis à l'équipe médico-chirurgicale de greffe qui nous suit.
Ça y est tout est en ordre. la tension
monte, nous y serons dans quelques jours.
Coup du sort:
11 janvier 2008 : Nous sommes à
trois jours de la date prévue de la transplantation.
L'analyse des prélèvements réalisés en début de semaine s'est
faite en urgence. Elle révèle la présence de cellules "atypiques". Cependant, il n'y a rien de
grave ni de malin.
Chez une femme qui est suivie annuellement, on se
contenterait de ces contrôles réguliers. Par contre une personne
qui est greffée d'un organe, doit prendre toute sa vie des
médicaments immunosuppresseurs pour éviter le rejet. Le fait de
baisser les défenses immunitaires rend le corps plus sensible au
développement de toute sorte de maladie dont les cancers.
L'équipe de greffe décide de ne prendre aucun risque pour
l'avenir et décale la transplantation pour réaliser
d'abord une hystérectomie.
Nous sommes abasourdis par la nouvelle.
Nous étions prêts, les sacs faits avec le pyjama, les pantoufles
et la trousse de toilette. Nos proches s'étaient organisés... Le
professeur responsable de l'équipe de greffe, le néphrologue, le
chirurgien ont tous été très disponibles et très explicites. Ce
n'est qu'un contre temps. Toutes les mesures sont prises avec la
logique de précaution maximum. Nous ne devons pas baisser les bras.
Comme vient de nous le dire une amie
proche: Il faut être des marins aguerris pour encaisser encore des surventes
alors que ça souffle déjà en tempête. On
prend un troisième ris et on fait le gros dos en guettant la
remontée du baromètre.
14 janvier 2008: Normalement
on devrait y être aujourd'hui. Bon, pensons à autre chose... On
va aller respirer en marchant au bord de la mer du Nord à marée
basse. Le ciel est plombé comme notre coeur, mais l'air est vif
comme notre détermination.
Tout le corps médical est motivé et
performant. L'opération préventive est planifiée rapidement.
25 janvier 2008:
L'hystérectomie s'est parfaitement déroulée, Anik se remet très
vite de cette opération. La grosse déception du décalage de la
greffe nourrit sa motivation à reprendre des forces. Elle
souhaite avoir rapidement une nouvelle date pour la
transplantation. Nous aurons probablement une réponse dans le courant de la semaine prochaine.
30 janvier 2008: Nous pensions
pouvoir avoir rapidement une nouvelle date pour la
transplantation. Cela fait déjà deux semaines que la greffe
aurait du avoir lieu. Maintenant nous savons qu'il faut attendre
encore 10 jours pour avoir les résultats de l'analyse
pathologique qui est réalisée systématiquement à l'issue de
l'hystérectomie. Ce n'est qu'à ce
moment là que le médecin annoncera à son collègue néphrologue et
au chirurgien qui fera la greffe que tout est OK. Ensuite le
chirurgien verra en fonction du temps qu'il estimera nécessaire
pour qu'Anik retrouve la forme, de son planning d'intervention,
de plein de choses qui s'acharnent à faire reculer, à reculer
toujours... Notre situation commence à devenir difficile à
supporter. Même s'il n'y a rien de dramatique et que nous avons
beaucoup de chance d'être très bien accueillis et entourés, nous
vivons depuis des mois avec nos valises, d'une maison à une
autre. Nous ne pouvons rien projeter ni planifier. Le bateau est
à l'autre bout de la mer... Les Douanes nous pressent un
peu, ils nous demandent de leur signifier nos choix quand à la
situation de Banik sur le territoire polynésien... mais nous ne
savons que répondre.
Au delà des soucis administratifs, il y a
l'aspect santé physique et psychologique. Nous imaginons un peu ce que
doivent ressentir les malades qui n'ont pas la possibilité de
recevoir un organe à partir d'un de leur proche, donneur vivant.
Ils n'ont pas comme Anik une certitude de greffe à court terme. Ils peuvent
être en attente durant des années sans savoir si ça va encore
durer une semaine, un mois, un an... avec des faux espoirs quand
plusieurs malades sont convoqués pour un seul greffon... et sans aucune
certitude que ça se fera vraiment un jour. Et pendant ce temps
là, ils se rendent compte que leur santé générale continue de se dégrader doucement.
Chaque personne valide qui informe de son accord pour le prélèvement de ses organes s'il
lui arrive un accident mortel, fait vraiment avancer les malades
vers la guérison tant espérée, une vraie guérison grâce un
organe sain qui a généreusement été donné. Parlez en
maintenant à votre entourage, après l'accident il est trop tard.
9
février 2008: Nous venons de recevoir par la poste un rendez
vous avec le chirurgien qui fera la transplantation. Cet
entretien normal avant toute intervention est dans
dix jours... Si tout va bien, nous devrions pouvoir fixer
ce jour là, une date pour la suite .
Compte à rebours prudent:
19 février 2008: Ça y est, une
nouvelle date est programmée pour la transplantation. Ça devrait
être le 3 mars. Nous préférons parler au conditionnel
maintenant...
La bonne forme d'Anik après ce qu'elle vient de subir et notre
détermination à continuer à décidé le chirurgien et
l'anesthésiste à programmer une date proche. C'est un excellent
remontant pour notre moral.
Nous avons du refaire une prise de sang pour une nouvelle
analyse cross-match. La précédente étant trop ancienne. Le
résultat sera sans doute négatif comme l'autre fois (donc
OK pour nous)... Mais...
Tant que ce n'est pas fait restons prudent... Il suffit d'une
mauvaise grippe au mauvais moment... Nous ne faisons plus la
bise à personne jusqu'au 3 mars.
26 février 2008: Bonne nouvelle, La
douane polynésienne nous envoie un courrier confirmant le
prolongement à titre exceptionnel de l'admission temporaire du
voilier sur le territoire jusqu'au 14 août 2008. Nous remercions
sincèrement
les autorités. Nous partirons vers l'opération dans quelques
jours, le coeur plus léger.
2 mars 2008: Nous consultons
nos mails une dernière fois avant de couper l'ordinateur pour
une douzaine de jours. Merci pour toutes vos marques de sympathie
depuis des mois sur Internet.
Dans quelques heures nous allons nous rendre
dans nos chambres respectives... La nuit sera sans doute longue
et
agitée, peuplée des fantômes de la peur, du doute mais surtout
de l'espoir... Nous ne nous retrouverons cote à cote que demain matin
mais nous serons endormis. Notre fils Gibé essayera de mettre à
jour le site lundi soir pour rassurer tous nos amis autour de la
planète.
Un des éléments
du CHRU de Lille : l'hôpital Claude Huriez
Photo extraite du site officiel du
CHRU |
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Le séjour au CHR: Charmant
Hôtel Restaurant:
3 mars 2008 : "Je suis
heureux de vous annoncer que les opérations se sont bien
déroulées aujourd'hui et que les parents ont déjà rejoint leurs
chambres. Ils sont encore un peu groggy mais
contents. Papa ne reprendra certainement pas le
clavier avant au moins une semaine, alors d'ici là
j'essaierai de vous donner des nouvelles de temps en
temps." Gibé.
|
5 mars 2008 : "Les bonnes nouvelles
continuent ... Le nouveau rein de maman se sent déjà comme chez
lui et n'a pas attendu pour reprendre du service."
Gibé
9 mars 2008: A J+6 après la
transplantation, Jean-Baptiste sort de l'hôpital sur ses deux
jambes. Comme quoi la vie en mer ca préserve le bonhomme. Il est
prévu une sortie d'Anik à J+9. L'équipage sera bientôt au
complet debout sur le pont.
10 mars 2008: "Je peux donc
ouvrir l'ordinateur aujourd'hui et vous donner rapidement des
nouvelles de la semaine que nous venons de passer. Ce que nous
avons vécu est magique. Le nouveau rein d'Anik a immédiatement
fonctionné et il s'est mis au boulot avec ardeur. A l'issue de
la première nuit (15 heures après la transplantation), un bilan
sanguin est réalisé. Ces premiers résultats sont importants...
Est ce que ça va marcher ? La réponse tombe... Il faut remonter
10 ans en arrière pour retrouver d'aussi moins mauvais taux de
créatinine et autre toxine dans son sang... Sur ce plan là, Anik
a rajeuni de 10 ans."
Revenons à J+2: La sonde
gastrique a été retirée, le drain est débranché de l'aspiration,
les infirmières aident Jean-Baptiste à se lever de son lit pour
aller s'asseoir dans une chaise roulante. On accroche sur la
potence les différentes poches connectées à la perfusion puis on
le pousse gentiment au bout du couloir jusqu'à l'entrée d'un
sas. Équipement pour rentrer dans la partie "soins protégés":
charlotte sur la tête, chaussons, blouse, masque sur le nez et
la bouche... Pas très sexy pour un rendez vous galant mais il
n'est pas question d'apporter des microbes ici. Anik est
installée dans une chambre sans fenêtre, l'air est pressurisé. Des tas de cadrans font
des bips et clignotent. Elle a encore des tuyaux partout...
"On nous a laissé seuls... De toutes les
façons, dans l'état ou nous étions, on ne risquait pas de faire
des bêtises... Je m'étais coincé dans les accoudoirs pour
ne pas bouger le flanc qui me brûle, j'étais incapable de me
pencher en avant... Anik n'avait pas la force de me tendre plus
que sa main piquée de cathéters.
Bizarrement nous ne parlions pas beaucoup. Nous n'avions pas
besoin de dire à voix haute ce que nous exprimions par la
pression des doigts et par la brillance des yeux (Anik ne voyait
pas mon sourire caché sous le masque en papier).
Je savais que je n'allais pas rester très longtemps près d'elle
ce matin là, déjà la tête me tournait.
Est ce que nous avions
l'esprit embrumé par la morphine? Notre conversation était assez
au ras des pâquerettes mais dans le ton de la situation.
- J'ai 17 agrafes, et toi?
- 19, j'ai gagné ma Doudou.
- Tu es énervant tu veux toujours faire plus que moi..."
Une infirmière entre.
"J'ai les résultats du bilan sanguin de ce matin: Madame a
retrouvé tous ses taux normaux. Plus aucun excès de créatinine,
d'urée, de potassium, d'albumine, de Picalili et autres
condiments..."
"C'est meilleur qu'avant la naissance
de Nathalie il y a plus de 23 ans... Quand je vous disais que
c'est magique. L'infirmière s'en va, nous sommes sans voix, nous
nous regardons, nous pleurons tous les deux..."
J+4 : Anik est transférée au
service de néphrologie dans un autre bâtiment. Finies les
petites visites de Jean- Baptiste en chaise roulante. Les doses
de cheval d'immunosuppresseurs qui évitent le rejet du greffon
sont maintenant divisées par 4 mais il faut surveiller de près
ce qui se passe. Les professionnels seront très attentifs les
semaines qui viennent et aussi les mois qui suivront et pendant
des années... Nous aurons l'occasion d'en reparler.
J+6 : Jean-Baptiste sort de
l'hôpital. Il marche raide comme un petit vieux, une main posé
sur le coté pour prévenir les chocs éventuels mais son moral est au
plus haut. Des amis formidables l'accueillent chez eux, il est
choyé comme un coq en pâte.
J+9 : L'équipe médicale préfère
garder Anik encore quelques jours. Toujours ces fameux principes
de précaution maximum. Malgré le regret de ne pouvoir nous
retrouver ensemble ce soir, nous ne pouvons que nous
réjouir de cette prudence.
14 mars 2008 : A J+11, Anik
sort enfin de l'hôpital. Juste au début du week-end c'est sympa.
Un peu de tranquillité avant les visites de contrôle qu'elle
devra faire plusieurs fois dans les semaines qui viennent.
Convalescence:
21 mars 2008: Après une première
convalescence en ville chez des amis nous déménageons à nouveau,
pour la campagne cette fois, dans la famille. La marche au grand air
doit nous aider à reprendre des forces
Le parcours de notre
"aventure santé" est long, avec des hauts et des bas
mais nous sommes super contents d'avoir passé cette
importante étape de l'opération.
Il y a eu
des mois d’interrogations, d’examens médicaux et de préparations
qui nous ont amenés à la date de l’opération. Il y a eu la transplantation le 3 mars : Un succès admirable de
l’équipe de greffe, avec le rein de Jean-Baptiste qui s’est tout
de suite mis au boulot et a permis à Anik de retrouver en 48
heures des bilans sanguins identiques à ceux d’il y a 20 ans. Aujourd’hui il y a la convalescence avec ses douleurs post
opératoire. |
 |
Et
ensuite : Le prochain
grand défi se joue dans les mois qui viennent. Il faut
absolument éviter le rejet du greffon. Ça serait dramatique pour
notre moral et la santé d’Anik…
C'est la contrainte
médicamenteuse à apprendre et à respecter impérativement. Anik est très suivie, avec des contrôles deux fois par semaine,
au début, au service des greffes de rein du CHRU de Lille.
Nous
n'imaginions pas les effets secondaires des médicaments anti
rejet. Insomnies, tremblements, diarrhées, retard dans la
cicatrisation...
Jean-Baptiste se remet très vite de l'opération, il conduit sa
voiture au bout de 10 jours. Anik a beaucoup plus de mal, les
effets secondaires sont épuisants. Il faut tenir le coup avec
l'idée qu'au fil des
mois qui viennent les doses seront progressivement diminuées et
la vie redeviendra normale.
Chaque jour qui
passe est une petite victoire.
La
récompense sera notre retour à bord de Banik quelques mois après
la transplantation…
Remerciements :
Merci à toutes les personnes du milieu
médical qui ont participé à cette "aventure santé".
Sans ces
femmes et ces hommes compétents et dévoués rien n'aurait
pu se faire.
Voici la liste des principaux acteurs dans l'ordre de leur
entrée sur scène.
Le Docteur Jacques Vogel. 10
ans avant la transplantation, notre médecin généraliste a relevé
l'hypertension d'Anik et a décelé que l'origine devait être
rénale. Il a orienté Anik vers le néphrologue.
Le Docteur Hervé Lemonies de Sagazan
Chef du service de néphrologie du CHR de Roubaix a donc observé
Anik durant plusieurs années puis l'a encouragée à reprendre la
mer en acceptant un suivi à distance par Internet. C'est à la
lecture d'un bilan sanguin envoyé par mail qu'il demande à Anik
de se rapprocher de son collègue de Tahiti où nous nous
trouvions à ce moment là.
A notre retour en métropole, il soutient fermement notre choix
de guérison par la greffe préemptive en évitant si possible les
lourdes contraintes des soins par dialyse.
A fil des nombreuses visites d'Anik dans
ce service, nous faisons la connaissance des assistantes et des
infirmières toujours agréables et disponibles:
Le Docteur Alain Fournier, Chef du
service de néphrologie du CHT de Papeete
confirme au bout de trois mois
d'observation qu'Anik souffre d'une insuffisance rénale
chronique. Ce n'est pas encore la phase terminale mais on s'en
approche. Il nous conseille de ne pas reprendre la mer ensemble
dans cette situation.
Le Docteur Anne
Blanchard, navigatrice, amie de l'équipage de Banik,
présente à Tahiti quand nous avons appris la mauvaise nouvelle
et qui a su, avec beaucoup de gentillesse, trouver les mots
apaisants pour nous encourager.
Le Professeur Christian
Noël est le Coordonnateur - Chef de service du pole
néphrologie du CHRU de Lille. En clair c'est le Patron de la
greffe rénale. Il reçoit notre dossier de la part
du Docteur Lemonies. Le Professeur Noël
est le décideur c'est de lui que dépend ce qui va nous arriver.
Nous sommes impressionnés à l'idée de le rencontrer. Notre
grande chance c'est qu'il est aussi un marin passionné, il nous
a reçu très cordialement, il a pris le temps de nous expliquer
les solutions et leurs conséquences. Nous avons une totale
confiance en cet homme qui a donné le feu vert pour démarrer la
longue route jusqu'à la transplantation.
Ensuite ce sera son équipe de néphrologues et lui même qui nous
accompagneront un moment pour le suivi après greffe.
En même temps que le Professeur Noël nous
découvrons toute une équipe fort sympathique: Les assistantes
Bernadette, Nicole et Isabelle. Les infirmières Marie-Pierre,
Delphine, Marie Jo... qui nous ont prélevé des litres de
sang en remplissant au fil des semaines des dizaines de petits
flacons.
Le Docteur Benoît Averland a
présidé le comité d'experts, Ce comité, indépendant et extérieur
à l'équipe médico - chirurgicale de greffe, est habilité selon
la loi de bioéthique, à autoriser le prélèvement du rein de
Jean-Baptiste pour le greffer sur Anik.
Le Docteur Françoise Legoueff du
service gynécologie et obstétrique du CHR de Roubaix a pratiqué
l'hystérectomie avec brio. La preuve, Anik s'en est remise en
quelques jours.
Malgré un agenda très chargé, Madame Legoueff a tenu compte du
contexte pour réaliser l'intervention et son suivi dans les
meilleurs délais. Et toujours avec beaucoup de sympathie envers
sa "patiente éclair".
Le Docteur Nicole Declerck,
Principale de l'équipe d'anesthésistes - réanimateurs dans le
service de transplantations. Elle a tenue à être présente
en personne lors de nos interventions. Sa compétence et sa
gentillesse ont toujours su nous rassurer. C'est très important.
Le Professeur François René Pruvot
est le Chef du service de chirurgie
digestive et transplantations au CHRU de Lille. Lors d'une
transplantation à partir d'un donneur vivant, les patients sont
opérés par le Chef en personne. On leur donne la chance d'être
entre les mains du meilleur chirurgien. C'est le Professeur
Pruvot qui a réalisé l'ensemble de la transplantation: la
néphrectomie de Jean-Baptiste et sitôt après, la greffe sur
Anik. Le greffon a tout de suite fonctionné, nous avions dis que
c'est magique, mais non! C'est le résultat du talent et d'une
énorme expérience.
Les infirmières et infirmiers de
l'hôpital Huriez où se sont déroulé les opérations et
les premiers soins.
Les Docteurs Marc Hazzan, Francois
Provot, Francois Glowacki, les néphrologues de l'équipe du
Professeur Noël qui suivent de très près chaque greffé durant
les premiers mois et ponctuellement les années suivantes.
Un très grand merci à tous.
Merci également à Laure, Florence et Daniel, Anne et Jean qui
nous ont supporté si longtemps chez eux...
Merci à Cathy et Pascal, Thérèse et Bernard, Anne et Michel,
Marielle et Hervé, Brigitte qui nous ont accueillis sous leur
toit ponctuellement.
Des infos
complémentaires sur le don d'organes:
Cette aventure nous a obligé à nous
intéresser aux dons d'organes. Avant cela nous étions, comme
beaucoup de monde, au courant que cela se pratique mais sans
vraiment connaître les tenants et les aboutissants. Maintenant
on ne peut plus se dire "Ça n'arrive qu'aux autres". On est en
plein dedans et nous souhaitons participer modestement à la
diffusion d'un peu d'information sur le sujet. Le site de
Banik ça peut aussi servir un peu à ça:
Voir la page que nous consacrons au
don
d'organes
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